05-12-2015

La blessure d’amour

 

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Rûzbehân, le grand mystique de Shîrâz , fut à la fin de sa vie atteint s’une sorte d’hémiplégie qui ne paraissait pas le tourmenter mais à laquelle son entourage voulait trouver remède. On raconte qu’un des disciples entreprit sans rien dire un voyage jusqu’au Caire afin d’obtenir un baume précieux qui guérissait son maître. Lorsqu’il revient tout joyeux auprès de Rûzbehân en lui tendant le flacon, le soufi le remercia de tout son cœur mais lui dit d’aller à la porte de la ville où se trouvait un chien galeux et de frictionner la pauvre bête avec cet onguent qui sans nul doute le soulagerait. Et il ajouta:

<< Sache que ma souffrance n’est pas de celles que l’on soulage avec un baume de ce monde. >> 

Il est des maux que la médecine peut soigner, et des blessures que rien ne peut apaiser parce qu’elles sont l’expression d’une soif. Allégresse et tourment à la fois, elles relient à la Vérité et ouvrent à la compassion pour toute créature. 

Celui qui vient en premier et le demeure, c’est Dieu, et c’est Lui qui mérite tout l’amour et toute la gloire. 

Ibn Arabî dans son célèbre Traité de l’Amour, énumère trois sortes d’amour qu’il appelle: inclination subite, amour originel et débordement d’amour. Ibn Arabî clôt ce chapitre en déclarant :

<< L’amour comporte des états d’âme nombreux affectant les amants. Le désir ardent d’amour, la domination amoureuse, l’amour éperdu, la peine d’amour, les pleurs, la tristesse, la blessure d’amour, la consomption, la largeur, et d’autres états semblables propres aux amants …>>

La blessure d’amour, est distinguée du chagrin et de la souffrance. Elle vient de Dieu, elle est réparatrice ou innocente. La grande erreur serait de vouloir s’en protéger ou de l’assimiler à une peine, alors qu’elle désigne une haute folie. Quiconque veut être aimé connaîtra des douleurs, mais que celui qui désire aimer sera marqué par la blessure. La première attitude, de loin la plus commune, est une restriction; la seconde ouvre à l’immensité. 

En certains instants illuminés, la blessure qui marque toute existence n’est plus une douleur, une honte, mais un honneur, une visitation. L’Amour vient au plus près de l’être par un souffle puissant, par des traits acérés, en ce lieu du Cœur. Là où s’abolit en un éclair la distinction entre la déchirure et la grâce. 

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22-11-2015

Le pèlerin assoiffé

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Si l’eau reste sans mouvement, elle devient stagnante et boueuse ;
Mais si elle s’agite et coule, alors elle s’éclaircit : tel est l’homme qui voyage intérieurement .

Le pèlerin arriva devant l’Océan sans fond et dit :

<< Ô toi, ivre mort de passion pour Lui ! Les vagues de ton amour sont déchaînées; ton ardeur  et ton désir vacillent d’un extrême à l’autre. Tu es abreuvé d’eau et pourtant assoiffé; ruisselant d’eau et pourtant lèvres sèches ! Toute cette eau absorbée ne te suffit pas; s’il fallait, tu en contiendrais davantage ! En audace, tu es inépuisable; sois magnanime, puisque tu es celui qui risque tout !  De bleu vêtu , ton cœur est rempli de perles. Ah , s’il n’y avait en toi cette effervescence, tu serais en bleuités, un diamant tranchant comme l’épée ! Vêtu de saphir, joaillier, bouillonnant, car ton ébullition se multiplient les perles ! Tu t’enivres de ferveur , pour ce que tu cherches ! Vois mes yeux, nuages aux larmes de sang , apprends – moi ! Rafraîchis - moi ! >>

A ces paroles, une clameur s’abattit sur la mer; l’eau comme un brasier se mit à crépiter. L’Océan répondit :

<< Que suis – je donc, moi, éperdu, lèvres sèches, le pan souillé ! Chose étonnante, noyé dans la soif me voici de confusion inondé de sueur ! De languissement, j’ai le foie desséché; je suis comme un poisson échoué sur le rivage. Ignores – tu qu’à mes maux le poissons versent des pleurs ? À chaque instant, je frémis d’un nouveau bouillonnement; l’écume berce mon chagrin. Dévoré de passion pour Lui, j’implore une goutte de Son océan. J’expire pour qu’Il daigne humecter mes lèvres. Moi, dont la soif n’a pas de fin, comment apaiserais – je celle d’un autre ? Assoiffé  comme je suis , qu’as – tu besoin de moi ? Va- t’en d’ici ! Je ne saurais te désaltérer ! >> 

Le pèlerin se rendit auprès d’un sage, guide des pèlerins, et lui récita par cœur la leçon de son état. Le sage lui dit :

<< L’Océan sans cesse roule ses flots; sa constance est exemplaire; malgré toute cette eau qu’il contient, il languit, lèvres sèches, de désir pour une goutte de plus ! >> 

A celui qui ne peut être désaltéré, il n’est d’autre remède que la soif éternelle. Aie la soif de l’âme et du cœur, mais toutes deux avec mesure ! Car la déficience ou l’excès en briserait la perfection !

 

Posté par suluk dans Contemplation méditative ... retour à l'essentiel | Pas encore de commentaires »

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