21-12-2015

Le fidèle Amour

 

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Peut-il y avoir des remèdes humains pour ceux qui sont malades du feu divin ? Qui sait jusqu’où va la profondeur de cette blessure ? 

Il est une image gracieuse que les artistes ont souvent représentée, celle de l’offrande du cœur. 

Sur le thème du don du cœur, celui qu’on a appelé le philosophe de Cordoue et qui vécut dans l’Espagne musulmane, Ibn Hazm, propose cette déclaration fervente, ces paroles qui recouvrent une vérité; c’est la blessure qui permet le rapprochement : 

<< Je voudrais que mon cœur eût été ouvert comme avec un couteau. Tu y serais entré, puis il se serait refermé dans ma poitrine.Tu t’y serais retrouvé, sans autre compagnon, jusqu’au jour de la résurrection et du jugement des morts, partageant toute ma vie. Et si je meurs, tu habiterais encore le fond de mon cœur, dans les ténèbres du tombeau. >>  

De la blessure d’amour l’homme est marqué à jamais: il peut devenir chevalier errant, fou illuminé, poète et mystique tout à la fois. Il se sentira toujours seul désormais, seul au milieu des humains, loin de son bien-aimé, mais il rendra grâce pour cette blessure qui le fait accéder aux lumières et lui permet de recevoir de multiples bénédictions.  Les deux amants ne peuvent devenir un sans être passés, chacun par l’arrachement. Ils se savent inséparables à jamais, ceux dont une longue séparation fît brûler le cœur.

L’Amour est un, mais son approche comporte divers degrés. D’autres disent qu’il dispose de plusieurs flèches de nature différente. 

La légende de Majnûn et leïla, qui naquit en Arabie et inspira autant les mystiques que les amoureux, développe le thème d’une folie souveraine qui s’avère grâce et tourment. Épris de sa cousine Leïla mais, en raison de leurs tribus ennemies, empêché de l’approcher, le jeune Qays sent monter en lui la fièvre qui l’accable et lui fait composer des poèmes. Son père veut le guérir de cette étrange maladie en l’emmenant en pèlerinage à la Mecque. En ce lieu saint, le jeune homme comprend que l’éternelle blessure est la seule voie offerte aux éperdus d’amour et il demande à Dieu de ne jamais le guérir. Désormais, on le surnomme Majnûn, le Fou. Il quitte les tentes de sa tribus, la compagnie des hommes, pour aller au désert avec les animaux sauvages sans cesser de chanter, jusqu’à la mort, son amour irréalisable.

Attâr, le mystique persan, prend souvent Majnûn comme modèle du Fidèle d’Amour. Dans le livre de l’épreuve, après avoir rappelé l’épisode où Qays prie Dieu de ne jamais être consolé, il s’adresse en ces termes au pèlerin de la voie ardente :

<< Quand ta douleur, d’amour pour Lui, sera accrue, que tout ce que tu possèdes ne sera plus qu’une plaie, quand le monde entier sera couleur sang, de tout ce sang surgira un cœur. Ce cœur alors sera constamment dans la Présence et sa joie sera éternelle ! >>

 

 

 

Posté par suluk dans Flot de conscience | Pas encore de commentaires »

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